Dental Tribune France

«L’ engagement psychologique» en dentisterie esthétique

March 28, 2019

L’influence des caractéristiques dentofaciales sur l’attrait physique et l’estime de soi a été largement décrite dans de nombreux articles publiés par des spécialistes. Les auteurs ont clairement démontré comment la morphologie des dents et leur aspect esthétique jouent un rôle fondamental et déterminant dans la perception de la beauté et, indirectement, sur la réussite sociale d’une personne.

Il existe une intime corrélation entre l’apparence physique, l’estime de soi et la capacite de nouer des relations interpersonnelles ; il en ressort que la composition faciale, et surtout le tiers inferieur du visage, a aussi un impact esthétique et psychologique, qui peut certainement être encore plus remarquable que la morphologie dentaire seule. Notre ≪ bien-être psychique et physique ≫ est lié à l’estime que nous avons de nous-mêmes, à la satisfaction et au bonheur de ce que nous sommes et de ce que nous faisons (≪ Si tu t’aimes toi-même, tu peux faire des miracles ≫).

Bioéthique en dentisterie
Les ≪ objectifs spécifiques de la formation ≫, qui entrent dans le cadre du Master en médecine dentaire générale et prothétique, prévoient notamment que l’étudiant diplômé soit ≪ forme à la connaissance des concepts fondamentaux de soins et d’assistance, selon les principes pédagogiques de la psychologie, de la sociologie et de l’éthique ≫. L’éthique dans la relation avec le patient constitue donc, aussi en pratique dentaire, une voie d’approche et d’objectif primaire.
Certains traitements, même de nature plus spécifiquement cosmétique ou esthétique, sont susceptibles de porter atteinte aux valeurs essentielles de la personne et représenter une source de mal-être pouvant même aller jusqu’à un bouleversement existentiel d’une ampleur non négligeable, particulièrement chez les sujets prédisposés.
Par conséquent, certaines situations liées aux activités spécifiques de l’art dentaire, et plus spécialement celles qui touchent à l’esthétique, méritent une réflexion particulière sur les dimensions psychologiques et bioéthiques. En effet, le visage et surtout la bouche, qui est ≪ un instrument multifonctionnel, un attribut de la sensualité et un centre physiologique de l’articulation des mots ≫, sont une composante principale de l’approche et de la rencontre du monde extérieur, mais ils représentent avant tout l’image – même incomplète et unilatérale – que nous portons en nous comme le symbole de notre identité, en mesure de conditionner nos relations avec les autres. ≪ La parole et le visage ≫, tous deux susceptibles d’orienter directement ou indirectement les actes a vocation esthétique des praticiens dentaires et médicaux, au travers d’un dialogue transparent avec le patient, sont les premiers médiateurs de l’expression et de la projection extérieure de l’identité culturelle. Des lors, les composantes biologiques de la santé buccodentaire, ainsi que leur importance sur le plan de l’anthropologie et de la communication et leur symbolique, justifient un profond engagement bioéthique dans la résolution de certaines contingences professionnelles car le concept de ≪ beauté humaine ≫ ne peut se limiter à un critère bien défini et par conséquent, clairement compris et unanimement accepte.

Évaluation esthétique du sourire et approche multidisciplinaire
De plus en plus, de nombreuses personnes décident d’améliorer l’aspect de leur bouche. Elles ne se limitent pas à consulter un chirurgien-dentiste, poussées par la douleur ou la présence d’une lésion, mais pour rendre au visage cet air de jeunesse que seul un joli sourire peut apporter. Le traitement de la ≪ beauté humaine ≫ relève de plus en plus souvent de la tâche du chirurgien-dentiste qui doit savamment transiger avec la ≪ beauté objective ≫ et la ≪ beauté subjective ≫ lors du choix du traitement particulier qui pourrait sacrifier l’aspect fonctionnel ou l’aspect esthétique. Le ≪ sourire ≫ est notre carte d’identité et constitue le premier élément de discernement dans les relations humaines, professionnelles et sociales ; un sourire peut en fait apparaitre désagréable même en l’absence de signes évidents de problèmes ou de pathologie. Il est nécessaire de consulter un chirurgien-dentiste non seulement pour le traitement d’une pathologie buccodentaire, mais aussi pour une évaluation esthétique du sourire et une intervention qui permettra d’obtenir un résultat en accord avec les ≪ attentes esthétiques ≫ personnelles. D’un point de vue strictement éthique, chaque patient/personne est unique et constitue un ensemble de caractéristiques liées à l’âge, aux attentes, au sexe et à la personnalité. Dans des cas extrêmes, l’examen attentif des motivations du patient ne pourra exclure le besoin d’intervention d’autres spécialistes compétents, par exemple d’un psychologue, (Fig. 1) pour définir une approche adéquate des véritables problèmes.

Concepts du bien-être
Le sourire est en réalité un moyen d’expression, ou plutôt une ≪ communication non verbale ≫, qui recouvre une grande diversité de significations. Dans les relations interpersonnelles, le langage parle exprime le contenu du message tandis que la communication non verbale revêt diverses fonctions dans la relation entre les interlocuteurs (Fig. 2), qui peuvent se résumer comme suit : – compléter et approfondir le sens d’un discours ; – exprimer les émotions ; – révéler les attitudes interpersonnelles ; – contribuer à présenter l’image que l’on donne de soi. Lorsque tous ces paramètres importants sont réunis favorablement, la personne peut s’identifier dans un état de ≪ bien-être ≫. Mais à vrai dire, lorsque nous parlons du bien-être, à quoi faisons-nous référence au juste ? La définition actuelle donnée par l’Observatoire de la sante de l’OMS (Organisation mondiale de la sante) est très précise : ≪ le bien-être est un état émotionnel, mental, physique, social et spirituel qui permet à chacun de réaliser et de conserver son potentiel personnel au sein de notre société ≫. Ainsi, le patient/l’individu se trouve au centre d’une combinaison de facteurs et pas seulement concerne par une seule pathologie ; de plus, le concept de bien-être est en constante évolution à l’époque et dans la société où nous vivons. En psychologie, les ≪ besoins ≫ sont le manque total ou partiel d’un ou de plusieurs éléments indispensables au bien-être d’une personne ; des 1954, le psychologue Maslow a expliqué que chaque individu s’accomplit en passant par différents ≪ étages ≫ représentés par un empilement de niveaux (Pyramide des besoins de Maslow) (Fig. 3). Il part du niveau inférieur (base de la pyramide), représentant les besoins physiologiques, et monte vers les niveaux supérieurs correspondant aux besoins de sécurité, d’appartenance et d’estime pour parvenir au sommet où se situe le besoin de s’accomplir.

Évaluation psychologique du sourire
Le sourire est un mode d’expression qui apparait entre le premier et le deuxième mois de la vie, période pendant laquelle l’être humain commence à réagir aux stimuli extérieurs tels que les sons, les voix, les images ou la présence de formes familières. R. A. Spitz voit dans le sourire les caractéristiques de la deuxième phase de développement de l’enfant, marquée par le passage d’une absence totale de différenciation entre le monde intérieur et le monde extérieur à une première forme de reconnaissance des différences entre ces deux mondes et, par conséquent, une perception de la différence entre le moi et l’autre que moi (Galimberti, 2004). Le sourire est lui-même porteur de certaines fonctions biologiques de base, notamment les fonctions qui permettent et renforcent les liens sociaux de proximité : par exemple, un sourire de bebe fait office de catalyseur social dans la relation mère-enfant car lorsque celle-ci voit le sourire de son bébé, elle réagit tendrement, avec beaucoup plus d’attention, de présence et de soins. (Bonaiuto, Maricchiolo 2006). On voit donc à quel point le sourire est important ! Il est une invitation au rapprochement, une manière d’accueillir, et un signe qui marque la disposition d’une personne à commencer et maintenir une relation sociale. Le sourire est d‘une grande efficacité pour inhiber l’attitude compétitive des autres : parfois un sourire franc est suffisant pour montrer sa disponibilité et sa non opposition envers les autres. Beaucoup de personnes ont toutefois certaines difficultés à sourire, souvent en raison d’une denture visiblement inharmonieuse, telle que la présence de diastèmes, de dents trop petites, non alignées ou dyschromiques, bien qu’il n’existe aucune pathologie grave affectant les tissus intraoraux et péribuccaux. Ainsi, bien souvent, lorsque le praticien demande à ces personnes de lui adresser un sourire plus spontané, elles ont tendance à le dissimuler en plaçant leur main entrouverte devant leur bouche et leurs dents (Fig. 4). Le praticien, en sa qualité ≪ d’interlocuteur privilégié ≫ doit alors user de sa meilleure tactique, par exemple, la stratégie du ≪ E position Smile ≫ pour réussir a ≪ arracher ≫ un sourire de la bouche (Fig. 5). Mais le sourire est aussi contagieux : il se réfléchit sur les autres et les dispose favorablement à entamer et poursuivre une relation. Tout compte fait, on peut affirmer que le sourire est un puissant instrument relationnel mis à notre disposition. Cela nous amène à une autre réflexion : le sourire n’a absolument aucun lien direct avec l’expression de nos émotions, mais il se rattache surtout aux interactions sociales. Les gens sourient plus souvent lorsqu’ils se trouvent en compagnie d’autres personnes. Le sourire facilite et stimule les relations et contribue à leur maintien. Il peut alors se révéler opportun que le chirurgien-dentiste pousse son patient à réfléchir sur tous ces aspects. Ceux-ci sont susceptibles de faire apparaitre au patient que l’esthétique du sourire est loin d’être une question d’apparence et de considérations futiles, mais revêt au contraire un caractère plus profond lié à sa manière d’être, a son efficacité à nouer des relations sociales et, comme Rogers le cite, a son ≪ pouvoir personnel ≫ (C. Rogers, 1977). De plus, ce besoin esthétique trouve ses racines dans l’enfance, dans les premières relations profondément vécues et se rattache à l’estime de soi. Celle-ci, l’estime de soi, que les analystes appellent le narcissisme sain (Mc Williams 2002), est une composante émotionnelle individuelle ; elle dépend du vécu de la personne, des impressions ressenties dans le présent et le passé, issues de l’espace de vie, et de la perception tant physique que psychique du moi. L’estime de soi est étroitement liée aux qualités idéalisées et admirées, en nous-mêmes et dans les autres. Pour obtenir des informations importantes sur l’estime que le patient a de lui-même, les questions les plus utiles pourraient donc être : ≪ Qu’admirez-vous chez les autres ? ≫, ≪ Quelles sont les choses dont vous retirez le plus de satisfaction? ≫, ≪ Quelles sont les choses qui provoquent le plus votre insatisfaction et quelles sont celles qui vous satisfont ? ≫. Alice W. Pape (1992) affirme que l’estime de soi surgit d’une comparaison entre l’image que chacun a de lui-même et l’image qu’il voudrait représenter. Dans cette optique, plus ≪ ce que l’on est ≫ est éloigné de ≪ ce que l’on voudrait être ≫, plus l’on se sent inutile et le moins satisfait de soi-même. L’estime de soi ne représente qu’une composante du bien-être psychologique, mais elle fonctionne comme un objectif particulier qui agrandit ou réduit les ressources personnelles ; de plus, elle n‘est pas un état permanent mais un état modifiable sur lequel il possible de travailler.
Ainsi, pour améliorer l’estime de soi, il est essentiel de se concentrer sur les choses suivantes :

1. Comprendre quelles sont nos propres valeurs cardinales puis clarifier ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas dans la vie.

2. Prendre conscience des sentiments destructeurs : apprendre à reconnaitre et approcher les sentiments les plus sains, ceux qui apportent un soutien dans les moments difficiles.

3. Travailler à notre propre image.
Ce dernier point concerne les aspects relationnels, individuels et psycho-affectifs qui passent dans un lacis étroit fait de corps et d’esprit, respectant une vision du bien-être qui tient compte de la personne tant sur le plan physique et organique que psychique étant donné que ces deux dimensions sont intimement liées. Aujourd‘hui, le psychologue et le praticien sont tous deux dans l’erreur lorsqu’ils considèrent que seule une ≪ partie ≫ du patient relevé de leur domaine de compétence, et pas la personne unique que représente ce patient dont le bien-être oscille entre l’aspect physique et l’aspect affectif/ émotionnel. C’est pourquoi, face à un patient, un praticien doit interagir efficacement avec celui- ci (Canestrari Cipolli 1991) pour faciliter ou renforcer les objectifs du dialogue ou du traitement propose. Malgré le maintien d’un certain type de communication formelle qui garantit l’asymétrie de la relation thérapeutique, définie par les différences de rôle, de compétence, d’autorité entre les interlocuteurs et le fait que l’un d’eux demande de l’aide à l’autre, l’investissement émotionnel du praticien vis-à-vis du patient doit surtout se manifester au travers d’une participation et d’un intérêt sincère pour ce que dit ce patient. On a pu constater à quel point la sensibilité du praticien et ses capacités à décoder les signes non verbaux et à reconnaitre les émotions liées à ces signes ou des attitudes sont déterminantes. Di Matteo et al. (1979) ont démontré la corrélation positive entre l’habileté du praticien à décoder les signes non verbaux exprimés par le patient et la satisfaction/le sentiment de sécurité éprouvé par ce dernier. La sensibilité et l’apprentissage des signes non verbaux semblent potentialiser les capacités du praticien à nouer une relation plus authentique et moins formelle avec le patient ; il créé ainsi la condition essentielle à l’établissement d’une relation de confiance avec le patient. La sensibilité à l’égard de l’expression émotionnelle du patient et la capacite de comprendre son état affectif semblent en outre favoriser la propension de ce patient à se confier et parler librement de ses problèmes, ce qui facilite la pose d’un diagnostic plus précis (Raffagnino, Occhioni 2000). Un moment crucial dans la relation entre le praticien et le patient est celui qui marque le début leur interaction dyadique. La première impression est importante dans chaque interaction et peut influencer positivement ou négativement la progression de l’échange. L’image que se fait le patient de son praticien, au regard de ses compétences, de son professionnalisme et de ses aptitudes particulières, peut répondre aux attentes du patient et faciliter son ouverture, sa coopération et sa flexibilité, ou au contraire tout détruire. L’équilibre entre les signes ≪ statiques ≫ (tenue, apparence physique et faciale, coiffure), inhérents à la position et à l’autorité du praticien, et les signes ≪ dynamiques ≫ (regard, posture, maintien à distance, expression faciale, ton de la voix), révélant l’engagement, la participation et l’intérêt du praticien envers son patient, semble être la caractéristique principale qui marque un bon départ. Le praticien doit toujours utiliser les signes distinctifs de sa fonction mais, en même temps, s’exprimer avec un mode de communication non verbale accueillante menant à une relation qui adoucit la formalité de la rencontre. Ce tout premier instant, dit du ≪ joining ≫, représente d’une part une phase ou l’entrée en interaction est le présupposé permettant de créer la base sur laquelle le dialogue sera structure, et d’autre part, de poser le fondement de la coopération praticien-patient et de la relation de confiance qui s’installe dès ce tout premier instant.

Concept de la beauté et dentisterie esthétique
Au cours des 30 dernières années, l’esthétique a changé la face de la profession dentaire et le désir d’une partie des patients de posséder de belles dents constitue un bond énorme des techniques d’imagerie par rapport au passe. En fait, si l’on considère l’évolution du sourire d’un point de vue culturel, on se rend compte que, dès le début du XXe siècle, le développement des images (photographiques et cinématographiques) est apparu en même temps que les progrès techniques et technologiques dans le domaine dentaire et médical. Les pionniers de la dentisterie esthétique, tels que Goldsmith et Rufenacht, ont contribué à sensibiliser les chirurgiens-dentistes au concept de la beauté, et ces chirurgiens- dentistes ont leur tour fait prendre conscience aux patients de l‘importance d’un meilleur aspect du sourire dans l’esthétique faciale. De nos jours, le public est de plus en plus attiré par l’esthétique dentaire en raison du développement du concept de la beauté, largement diffuse grâce aux stratégies internet, des tendances actuelles de la dentisterie esthétique et de la couverture médiatique consacrée au remodelage du sourire (Smile Makeover). Les gens savent à présent que l’esthétique du sourire jour un rôle clé dans le sentiment du bien-être personnel, l’acceptation sociale, la réussite du travail et des relations, tous ces facteurs visant à la perception constante de l’estime de soi. Les attentes esthétiques et les exigences des patients qui entreprennent un traitement dentaire ont sensiblement augmente ; pourtant, très souvent, tout ce qui est présente n’est qu’un battage médiatique autour de résultats destinés à tromper les utilisateurs, tant sur le plan qualitatif que sur le plan quantitatif. De plus en plus, les gens à la recherche d’une revalorisation de leur sourire s’adressent à des spécialistes de l’art dentaire, de la médecine esthétique ou de la chirurgie plastique (tous ces professionnels faisant partie de ≪ l’équipe médicale de l’esthétique faciale ≫ (Fig. 1) ) pour leur soumettre des demandes et attentes esthétiques stéréotypées, ne répondant absolument pas aux critères de l’image subjective de la beauté ! L’histoire des concepts de l’esthétique et de la beauté est longue et s’étend de la Grande Grèce jusqu’à Alexander Baumgarten, qui en 1750 a imposé le mot ≪ esthétique ≫, qu’il définissait comme la ≪ science de la connaissance sensible ≫ dont le but était l’atteinte de la perfection dans la beauté. L’esthétique (du Grec ancien Aisthesis – la faculté de percevoir les sens, la sensation) est étroitement liée aux arts ayant le pouvoir de parfaire la nature en exploitant tout le potentiel qu’elle n’a pas réussi à utiliser. Les concepts de la beauté des anciens Grecs associaient la grâce, les dimensions et surtout les proportions : un corps est beau lorsqu’il existe un équilibre, une symétrie et une harmonie entre toutes ses parties, dans chacune d’elles et dans son entièreté. Aujourd‘hui, l’esthétique peut être définie comme une ≪ fusion harmonieuse ≫ de la beauté et de l’art, qui est probablement la meilleure manière d’être le plus près de la nature ou de lui ressembler le plus fidèlement possible. La dentisterie esthétique est donc un jeu d’équilibre entre les dents, les gencives, les lèvres, le visage et l’individu entier, que les praticiens, en qualité d’architectes, d’artisans et de sculpteurs du sourire, sont en mesure de modeler. La société moderne décrit la beauté comme un mélange stérile de dimensions, de symétrie et de proportions. Ce sont en fait des paramètres, dont la valeur remonte aux temps anciens, qui se sont aujourd‘hui considérablement affinés dans les logiciels utilisés pour la planification esthétique en dentisterie. Toutefois, la dentisterie esthétique ne doit pas s’arrêter à la seule utilisation de règles mathématiques car, s’y limiter conduirait à un clonage des résultats n’ayant subjectivement aucune valeur clinique. L’engagement dans ce type de dentisterie implique une coordination de tout le savoir-faire nécessaire pour voir dans sa globalité ≪ l’art et la perception visuelle ≫ grâce à l’évaluation de l’équilibre conceptuel et de la composition des éléments dentaires dans le cadre du visage et du sourire. Chez les patients dont le résultat esthétique du nouveau sourire a effacé les anciennes imperfections et s’avère finalement bon s’il correspond à une intégration biologique satisfaisante et une relation harmonieuse optimale entre la forme du visage et les dents (bio-esthétique), la psychologie du sourire finalisera le processus. Comme le révèle le cas clinique présente dans cet article, le premier ensemble d’images montre que le sujet s’épanouit en passant par différentes étapes. Juste à la fin du traitement esthétique, la physiologie du sourire est quasiment conditionnée par la nouvelle situation (Fig. 6) et elle semble correspondre à un sourire ≪ de circonstances ≫. Mais, après quelques jours durant lesquels la patiente a pris conscience de l’esthétique de sa nouvelle composition dentaire et la proprioception orale et périorale s’est améliorée, le sourire devient plus spontané et exprime un nouvel état de bien-être qui traduit immédiatement l’estime de soi (Figs. 7a, 7b) au travers de ≪ selfies ≫ et de cliches humoristiques (Figs. 8, 9).

Imagerie numérique et prévisibilité esthétique
Bien plus qu’avant, les patients exigent la prévisibilité, car ils craignent que la forme de leurs dents ne soit pas adaptée aux traits de leur visage après le traitement : cette crainte est semblable à la peur instinctive qui surgit au moment de faire un saut dans l’inconnu. Aujourd’hui, l’exercice de la profession dentaire, comme toutes les spécialisations médicales, requiert l’utilisation de techniques toujours plus virtuelles, reflet des temps modernes, qui nécessitent des courbes d’apprentissage pour améliorer les compétences professionnelles du praticien. Ainsi la dentisterie esthétique intéressant le tiers inferieur du visage se voit offrir de nouvelles solutions, associées ou intégrées aux interventions de la médecine esthétique. L’un des arguments clés est l’utilisation de l’ordinateur dans le cadre du remodelage du sourire, c’est-à-dire de la conception virtuelle. L’utilisation de la technologie numérique moderne, associée à l’expérience et à la sensibilité du chirurgien-dentiste esthétique, est fondamentale pour parvenir à la réussite et offrir aux patients une prévisibilité maximale du résultat esthétique final et du traitement propose. De nombreux auteurs et entreprises ont mis au point des protocoles utiles pour établir un ≪ diagnostic esthétique du sourire ≫ à l‘aide d’un logiciel d’édition d‘images numériques et de techniques dites de ≪ morphing du sourire ≫, c‘est-à-dire de techniques de transformation d’une image du sourire en une autre. La conception esthétique dentaire du sourire assistée par ordinateur permet au patient de voir sa propre situation directement sur un écran, avant et après le traitement qui transformera son sourire ; le visage, le sourire et les dents sont photographies et conçus selon les critères issus des études reconnues par la communauté scientifique internationale, qui permettent une analyse esthétique précise grâce à des systèmes intégrés à la dentisterie numérique. Ainsi, à travers l’utilisation de l’ordinateur, le praticien dentaire devient un ≪ Smile Designer ≫, c’est-à-dire un concepteur du sourire, qui créé un véritable projet virtuel personnalisé ; les connaissances scientifiques actuelles offrent aux professionnels de nombreuses options de traitement. La coopération entre les différents spécialistes et l’approche multidisciplinaire, ainsi que la mise en oeuvre de techniques d’images numériques créées par le logiciel, par exemple le célèbre logiciel ClinCheck Invisalign et l’ADSD (approche multidisciplinaire), permettent de mieux individualiser le plan de traitement qui, grâce à la dentisterie numérique, sera en mesure de produire un résultat prévisible standard correspondant à la situation clinique optimale. La dentisterie esthétique requiert toujours plus d’attention de la part du praticien, surtout dans le cadre de l’analyse esthétique du cas clinique qui, associée a d’autres examens diagnostiques, se révèle utile dans ≪ l’approche subtile du patient ≫. L’utilisation de l’imagerie numérique 2D et 3D, un langage universel, simple, immédiat et facilement décodable, témoigne de ce qui vient d’être dit ; nous ne devons toutefois pas perdre de vue la valeur éthique de la ≪ pratique ≫ qui impose l’utilisation de la technologie comme une composante du bagage diagnostique et un complément au dialogue transparent et informe avec le patient, le réel protagoniste de la dentisterie esthétique. Si le langage est reconnu comme le facteur le plus important de la communication, la vision est le système cognitif dont découlent des informations plus originales et créatives, qui seront ensuite encodées en langage.

Conclusion
L’engagement psychologique en dentisterie esthétique est donc la capacite à comprendre les exigences, non seulement ouvertes mais aussi secrètes, du patient assis dans le fauteuil dentaire, C’est aussi la capacite à communiquer et à transmettre avec efficacité, c’est-à-dire de manière a ≪ toucher ≫ le patient, la valeur et la signification du sourire, son importance par rapport aux qualités relationnelles et a l’estime de soi, la motivation affective profonde qui sous-tend la décision de parfaire son propre sourire. Cette décision n’a rien à voir avec une simple envie esthétique, mais relève de raisons fondamentalement liées au vécu et à des sentiments plus intimes ancrés dans le soi et l’identité individuelle. L’utilisation de technologies et de techniques d’imagerie modernes peut représenter un excellent complément à la communication verbale avec le patient, surtout dans la phase diagnostique et l’anamnèse.

Discussion
La démarche professionnelle consistant en ≪ l’approche subtile du patient ≫ est un devoir éthique et moral qui passe avant tout autre aspect. La traduction du langage ≪ médical ≫ en message transparent peut aujourd‘hui représenter une valeur que le chirurgien-dentiste et tout autre spécialiste intervenant dans l’approche multidisciplinaire devraient replacer dans le contexte de la fidélisation éthique des relations entre le patient, le médecin et le dentiste. Selon les auteurs, l’équipe dentaire se doit de réfléchir très profondément aux aspects psychologiques, socio-économiques et médiatiques de la valeur esthétique du sourire, à leur intégration dans le diagnostic clinique personnalise de chaque patient, équiper, ainsi qu’au parcours thérapeutique. Chaque relation praticien – patient commence en effet par une approche subtile et se poursuit par une attitude tout aussi subtile.

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