Dental Tribune France

Résine composite injectable : une nouvelle technique – Part I

By Dr Douglas A. Terry & Dr John M. Powers, États-Unis
May 18, 2016

La technique d’injection de résine composite est un nouveau procédé direct/indirect, tout à fait original, qui permet de transposer de manière prévisible un montage en cire diagnostique, ou wax-up, en restauration composite.

Cette technique faisant appel à une résine composite fluide fortement chargée, peut être utilisée dans d’innombrables situations, dont notamment des applications cliniques telles que la réparation urgente de dents et de restaurations fracturées, la fabrication de restaurations provisoires,1 de restaurations composites transitoires (classe III, IV, facettes) et de couronnes pédiatriques en composite, le resurfaçage de l’usure occlusale de restaurations composites postérieures, la détermination de la longueur du bord incisif avant un allongement coronaire esthétique, et le développement de prototypes en composite pour le fraisage par reproduction. Elle peut en outre se révéler très utile pour définir la dimension verticale et modifier les schémas d’occlusion (guidage antérieur et désocclusion postérieure) avant les restaurations définitives.
Cette technique non-invasive est de plus un outil à part entière, pour améliorer la communication entre le patient et l’équipe chargée de la restauration pendant la planification du traitement. Le présent article porte sur une étude de cas dont les restaurations transitoires en résine composite ont été élaborées au moyen de résine composite injectable.
 

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L’utilisation de la technique d’injection pour fabriquer des restaurations transitoires en résine composite est un excellent moyen de mieux faire comprendre la procédure clinique planifiée et le résultat définitif prévu au patient.2 Les maquettes en résine transitoires permettent au patient et à l’équipe dentaire de définir les paramètres de la fonction occlusale,3 la position et l’alignement des dents,4 la forme de la restauration et le contour physiologique,5 la teinte et la texture du matériau de restauration, le profil labial, la composante phonétique, la position du bord incisif et l’orientation de la gencive. Ce procédé écarte aussi tout malentendu entre le patient et l’équipe dentaire pendant la phase de planification du traitement.2 La technique d’injection peut en outre être utilisée pour la détermination des profils des tissus mous et leur prise en charge, ainsi que pour la conception de la restauration définitive.6–9 Réversible et sans préparation, elle peut servir de guide au clinicien et au prothésiste pour parvenir à une restauration définitive fonctionnelle et esthétique, approuvée au préalable par le patient. La technique leur est en effet très utile durant la phase de conception et de fabrication car elle permet au patient et à toute l’équipe dentaire de visualiser le projet, de même qu’elle fournit des informations très détaillées quant au plan de traitement et à la réalisation des restaurations définitives.10 Dans certains cas, les restaurations transitoires seront portées des mois, voire des années, par les patients, tout au long d’un plan de restauration interdisciplinaire à long terme.1

La procédure peut être réalisée dans la cavité orale, sans anesthésie. Un matériau à empreinte transparent en polysiloxane de vinyle est utilisé pour reproduire le wax-up, la matrice transparente peut être placée en bouche, sur les dents non préparées, et utilisée comme moyen de transfert, permettant l’injection et la polymérisation de la résine composite fluide.

Après la fin des procédures d’ajustement et de polissage, les restaurations composites transitoires peuvent être de nouveau modifiées afin de répondre aux besoins fonctionnels et esthétiques du patient. Cette procédure peut réduire les sources potentielles d’insatisfaction du patient ainsi que les litiges puisque le processus est réversible, elle peut être réalisée sans préparation et permet au patient d’apprécier et accepter les aspects visuels autant que fonctionnels, avant la fabrication des restaurations définitives. De plus, cette procédure très simple permet d’ajuster les dimensions de la préparation, garantit l’attribution de paramètres spatiaux uniformes au matériau de restauration, et accroît les chances d’une conception plus conservatrice de la préparation.1

Étude de cas

Le patient âgé de 63 ans présentait un problème d’usure du bord incisif, ainsi qu’une fracture de ses dents antérieures maxillaires (Fig. 1). L’examen clinique a révélé un grand nombre de diastèmes et de lésions cervicales sur les incisives centrales, dues à l’action corrosive des citrons que suçait régulièrement le patient (Figs. 2a et b). Le contrôle de l’occlusion a quant à lui indiqué une pente canine insuffisante et une désocclusion postérieure. Par suite de ce contrôle, un nouveau schéma d’occlusion a été élaboré à l’aide d’un wax-up (Fig. 3a) et une matrice transparente en polysiloxane de vinyle a été utilisée pour reproduire la maquette. L’empreinte a été prise au moyen d’un porte-empreinte en plastique non perforé (Fig. 3b). Chacune des dents a été meulée et nettoyée avec une solution de chlorhexidine à 2 % (Consepsis, Ultradent). Avant la phase de restauration, une résine composite hybride a également été introduite dans la matrice transparente et placée sur l’incisive centrale maxillaire droite, puis photopolymérisée. Cette procédure a permis de maîtriser la dimension spatiale de l’important diastème, pendant la procédure d’injection du composite (Fig. 4). Chaque dent a été traitée successivement, en commençant par l’isolement des dents adjacentes au moyen d’une bande de téflon (Dupont), ou d’une petite quantité de glycérine appliquée sur ces dernières (Fig. 5a).
Ce procédé d’ajustement proximal a permis l’intégration optimale de résine composite fluide dans la région interproximale, tout en évitant l’adhérence du matériau sur les surfaces dentaires adjacentes.11–13

En fonction de la durée du traitement, le collage requiert un mordançage sélectif ponctuel, ou un mordançage total des surfaces dentaires à restaurer.1, 2 Un semi-gel d’acide phosphorique à 37,5 % (Gel Etchant, Kerr/Sybron) a été appliqué sur la surface de l’émail pendant 30 secondes, rincé pendant 5 secondes, et séché doucement à l’air (Fig. 5b). Un adhésif monocomposant a été étalé sur la surface de l’émail à l’aide d’un applicateur, laissé en place pendant 10 secondes (Fig. 5c), séché à l’air pendant 5 secondes (Fig. 5d), et photopolymérisé pendant 10 secondes au moyen d’une lampe LED (Fig. 5e). La matrice transparente en polysiloxane a été placée sur l’arcade et une résine composite fluide de teinte A2 opaque (G-ænial Universal Flo, GC) a d’abord été injectée par un petit orifice situé au-dessus de la surface dentaire,suivie par une résine composite fluide de teinte B1 translucide (G-ænial Universal Flo, GC). La résine composite a été durcie à travers la matrice transparente pendant 40 secondes (Fig. 6). L’excès de résine composite polymérisée a été enlevé au moyen d’une lame de scalpel (BD Bard-Parker no 12, BD Medical [Fig. 7a]), et la tige de coulée du composite au niveau du bord incisif a été éliminée à l’aide d’une fraise à finir conique à 30 cannelures (Fig. 7b). Le tissu gingival a été rétracté avec un protecteur gingival et une fraise à finir diamantée conique a été utilisée pour la finition de l’interface dent-résine composite (Fig. 7c). Le montage en composite hybride réalisé sur l’incisive centrale maxillaire droite a alors été éliminé avec une lame de scalpel (BD Bard-Parker™ no 12, BD Medical [Fig. 8]).

Les faces et les contours proximaux ont été meulés avec une fraise à finir diamantée conique et des bandes de finition (Figs. 9 a et b). La procédure de restauration de la dent a été complètement terminée puis recommencée sur chaque dent. Après l’isolement de l’incisive centrale adjacente avec une bande de téflon, la surface adhésive a été préparée par un mordançage simultané de l’émail et de la dentine (Fig. 10a). La même combinaison de teintes du matériau composite fluide a été injectée par un petit orifice pratiqué dans la matrice au-dessus de la surface dentaire, ce qui a permis de recouvrir complètement la surface amélaire conditionnée avec le matériau (Fig. 10b). La résine composite a été durcie à travers la matrice transparente pendant 40 secondes. La tige de coulée du composite a ensuite été éliminée au niveau du bord incisif et une lame de scalpel (BD Bard-Parker™ no 12, BD Medical) a servi pour enlever l’excès de résine composite polymérisée (Fig. 11a). Les dents du segment antérieur ont été traitées par la même technique de restauration après l’injection du composite sur chacune d’elles.

Une restauration transitoire parfaitement terminée doit présenter une surface lisse qui évitera l’accumulation de plaque,14–17 et résistera à la coloration/décoloration. 14,18 La restauration composite transitoire doit également offrir une adaptation et une intégrité marginales appropriées,14, 19 avec des contours et un profil d’émergence idéaux permettant d’assurer une meilleure compatibilité tissulaire.14
Chez ce patient, le tissu gingival a été rétracté avec un protecteur gingival (Zekrya Gingival Pro tector,Zenith/DMG), afin de prévenir une lacération des tissus, et la finition de l’interface entre la résine composite et la dent a été réalisée au moyen d’une fraise à finir diamantée conique (Fig. 11b).

L’interface entre la résine composite et la face linguale de la dent a été parachevée à l’aide d’une fraise à finir de forme pyramidale à 30 cannelures (Neumeyer H274, Brasseler – États-Unis). Cette fraise possède une forme idéale qui s’adapte à la courbure de la surface dentaire et de la restauration (Fig. 12). Les surfaces interproximales ont été meulées avec des bandes de finition et de polissage en oxyde d’aluminium (Finishing and Polishing Strips, Kerr Hawe), utilisées en séquence (fines à extra fines [Fig. 13]). Les bords incisifs de la résine composite ont été contourés avec des disques de finition et de polissage (OptiDisc®, KerrHawe [Fig. 14]). Des pointes de silicone de prépolissage (ET Illustra Polishing Points, Brasseler – États-Unis) ont été utilisées pour polir la surface de la résine composite et lui conférer un haut degré de lustre (Fig. 15).

La région cervicale a été polie avec des cupules de prépolissage en silicone (ET Illustra Polishing Cups, Brasseler – États-Unis) afin de lui conférer également le haut degré de lustre souhaité. L’utilisation de la cupule offre davantage de flexibilité au niveau de la courbure cervicale de la dent (Fig. 16). La face vestibulaire a été polie avec une brossette à poils de chèvre enduite de pâte diamantée synthétique, jusqu’à l’obtention d’une surface très brillante, et un polissoir en coton sec auquel a été imprimé un rythme staccato intermittent à vitesse ordinaire, a permis d’obtenir le lustre final (Figs. 17 et 18). Les restaurations transitoires en résine composite ont été terminées et examinées en relation centrée, en propulsion et en latérotrusion (Figs. 19a-c). Grâce à cette technique par injection non-invasive, la restauration en composite présentait les caractéristiques esthétiques idéales pour un sourire naturel. (Figs. 20a–c et 21).

Conclusion

La technique de résine composite injectable est un outil de communication très utile pour mieux faire comprendre la procédure clinique et le résultat définitif prévu au patient. Ce procédé permet à l’ensemble de l’équipe en charge du traitement de restauration de résoudre les problèmes fonctionnels et esthétiques avant d’entamer le traitement de restauration définitif. Les futures applications cliniques de cette nouvelle technique pourraient offrir aux cliniciens et aux prothésistes d’autres moyens d’aborder les divers cas cliniques, tout en leur permettant de proposer un traitement dentaire bien meilleur et prévisible à leurs patients. Quoique les avantages à long terme de cette nouvelle technique de composite injectable restent à démontrer, les résultats cliniques obtenus au cours des sept dernières années par l’auteur sont extrêmement prometteurs.

Remerciements : Les auteurs tiennent à remercier Bassam Haddad et Victor E. Castro, prothésistes dentaires, suivants, pour la conception en laboratoire de la cire de diagnostic.

Note de la rédaction : une liste complète des références est disponible auprès de l’éditeur. L´article a été publié dans le DT Study club 3/2015.

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