Dental Tribune France

« Le système de soin est-il par nature un système de prévention ? » Docteur Guillaume Savard

By Dental Tribune France
July 03, 2018

ARPAJON, France : Tout au long de l’année, Dental Tribune vous accompagne en éditant le journal Dental Tribune France. De nombreuses rubriques y sont présentes : Planète dentaire, Actus produits, Homéopathie, Trucs et astuces de l'académie du sourire, Cas cliniques. Des journaux spécialisés figurent en supplément à Dental Tribune : Implant, Esthétique, Prévention, Laser, Chirurgie, Endo, CAD/CAM, Labo et Stérilisation tribune. Dans l’édito du dernier numéro, le Dr Guillaume Savard, chirurgien-dentiste partage son point de vue sur la politique de prévention et de santé.

Demande-t-on a un spécialiste de chirurgie cardiaque de faire de la prévention en répétant à l’envie « mangez des fruits, faites du sport, arrêtez de fumer » ? S’il va de soi que les cardiologues ont plus que leur mot à dire au sujet de la santé cardiaque, est-ce pour autant leur cœur de métier ? S’il est évident que le système de santé français devrait accorder une plus grande place à la prévention, le système de soin est-il par nature un système de prévention ?

Pour le dire clairement : non et heureusement. Pourquoi ? Car les paramètres de la prévention sont d’un tout autre ordre que le monde du soin. La prévention c’est de maintenir un corps sain, dans une âme saine, vivant une vie saine, équilibrée et active dans un environnement sain et avec des ressources et de la nourriture saine. Aucun professionnel de santé n’a vraiment les moyens d’agir là-dessus. Il ne faut pas confondre les deux plans : celui des systèmes de soins et celui des politiques de santé. Garder la santé n’a que très peu à voir avec le traitement des maladies. Le traitement des maladies, lui, permet dans l’urgence ou la chronicité de retrouver une forme de santé. Les deux choses, santé et maladie, n’appartiennent pas aux mêmes domaines du sens. Ils dialoguent, mais l’un n’est pas l’inverse de l’autre.

D’ailleurs la plupart des grandes avancées en médecine (le soin, le traitement des maladies) ont guéri ou amélioré le sort d’hommes et de femmes. Pourtant c’est bien l’avancée de l’hygiène, les égouts, des aliments variés désormais disponibles toutes l’année, qui ont sauvé des millions de vie. Les deux échelles sont incomparables. Heureusement ! Car on a besoin et de sauver des vies (santé publique) et de sauver des femmes et des hommes (médecine).

Il faut donc absolument tenir bien à part ces deux sujets (malgré leurs imbrications naturelles). Pourquoi faire ? Concrètement ça veut dire quoi ? Concrètement, cela signifie que le cœur du métier de dentiste c’est de traiter des maladies et que, s’il est un spécialiste à solliciter dans des plans de prévention, il n’est pas responsable de la bonne santé.

D’ailleurs, la prévalence de la carie n’a pas baissé à cause de la qualité des soins mais à cause de meilleures habitudes de brossage et de l’utilisation du dentifrice fluoré.

Ensuite cela signifie que si le soin précoce est bien un acte de prévention secondaire ou tertiaire, créer une politique de santé publique axée sur la prévention en souhaitant une rééquilibration soin-prothèse est une absurdité, quand les facteurs sur lesquels agir sont les comportements de la population, la qualité de l’environnement et la nature des incitations de l’industrie agro-alimentaire.

Une vraie politique de prévention bucco-dentaire n’a donc nullement sa place dans une convention entre des professionnels et un assureur obligatoire. C’est une question de politique bien plus globale qui devrait intéresser la Nation toute entière. Il faut cesser de rendre un si mauvais service à la profession et à la population en marchant dans une rhétorique imbécile.

Dr Guillaume Savard

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