La bichectomie à visée esthétique

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Le corps adipeux de la joue est présent chez tous les individus quel que soit leur profil. Il persiste malgré une perte de poids, ce qui motive les patients à consulter.(Photo : Shutterstock/M. Demeshko)

jeu. 6 octobre 2022

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L’esthétique faciale est omniprésente avec les réseaux sociaux et les selfies (Fig. 1). Le public cherche à affiner sa silhouette faciale, pour répondre aux canons esthétiques contemporains (Fig. 2). Le tiers moyen du visage est modelé par les masséters, la mandibule, et tout particulièrement le corps adipeux de la joue, ou boule de Bichat, du nom du chirurgien français. Une augmentation de son volume donne un visage bouffi amenant en consultation des patients en quête d’une meilleure silhouette faciale. La chirurgie esthétique propose plusieurs solutions pour sculpter le visage : lifting, rhinoplastie, Botox ou acide hyaluronique, etc. L’ablation partielle du corps adipeux de la joue ou « bichectomie » rentre dans ce cadre.

Définition

Le corps adipeux de la joue joue un rôle dans la succion chez les enfants en bas âge qui tètent. Chez l’adulte, son rôle est d’optimiser les mouvements des muscles masticateurs, en permettant un glissement musculaire sans contrainte.

Le corps adipeux de la joue est utilisé dans de nombreux domaines, notamment le comblement des communications bucco sinusiennes. D’autres applications sont apparues grâce à ses propriétés : fermeture de la fente du palais primaire, reconstruction de l’ATM, utilisation comme greffon chirurgical (chirurgie orthognatique, maxillofaciale, implantaire, parodontale). La bichectomie à visée esthétique est conduite dans le but d’améliorer l’esthétique du tiers moyen du visage (Fig. 3). Le visage apparaît comme sculpté et affiné.

Fig. 1 : Réseaux sociaux mettant en avant des profils faciaux angulaires.

Fig. 1 : Réseaux sociaux mettant en avant des profils faciaux angulaires.

Fig. 2 : Canon esthétique en vue de face et de profil.

Fig. 2 : Canon esthétique en vue de face et de profil.

Fig. 3 : Situation pré et postopératoire.

Fig. 3 : Situation pré et postopératoire.

Anatomie

La boule de Bichat est située dans la région jugale et temporale. Elle avoisine des structures musculaires et glandulaires (Fig. 4), nerveuses et vasculaires (Fig. 5). C’est une masse composée de trois lobes (antérieur, intermédiaire et postérieur) et quatre extensions (buccale, ptérygopalatine, ptérygoïde et temporale) (Fig. 6). La bichectomie concerne généralement le lobe intermédiaire et l’extension buccale. Le corps adipeux de la joue est présent chez tous les individus quel que soit leur profil. Il persiste malgré une perte de poids, ce qui motive les patients à consulter.

Indications et contre-indications

Les candidats idéaux pour la bichectomie à visée esthétique présentent un processus zygomatique proéminent, un contour mandibulaire bien défini et des joues adipeuses dues à la présence excessive de la boule de Bichat. À contrario, la procédure est contre-indiquée chez les patients avec un os zygomatique hypoplasique. Les contre-indications chirurgicales classiques doivent également être prises en compte. L’anamnèse médicale doit révéler les antécédents de traitement par bichectomie.

Étapes préopératoires

Le motif de consultation est généralement un désir d’avoir les joues « creuses ». L’interrogatoire médical doit révéler l’absence de contre-indication et d’antécédent de bichectomie. L’entretien clinique doit permettre de dépister une dysmorphophobie. L’examen clinique est extra et intraoral.

Fig. 7 : Analyse faciale.

Fig. 7 : Analyse faciale.

Le praticien va analyser la forme du visage et détecter la présence de l’extension buccale en exerçant un pression digitale extra-orale, pour révéler un renflement dans la joue. Parmi les examens complémentaires, il est fortement recommandé de réaliser des photographies du visage pour les comparer au résultat final, et pour des raisons médico-légales (Fig. 7). Le diagnostic doit évoquer un dysharmonie faciale provoquée par le corps adipeux de la joue.

Étapes peropératoires

La procédure est réalisée sous anesthésie locale. L’anesthésie générale est réservée aux chirurgies multiples (rhinoplastie, liposuccion, lifting, etc.).

L’anesthésie se fait au niveau de la tubérosité et dans la muqueuse jugale. Deux types d’incision sont décrites : soit au-dessus du canal de Stenon dans le vestibule en regard des molaires maxillaires (Figs. 8–10), ou bien en-dessous du canal de Stenon dans la muqueuse jugale au niveau de la ligne de morsure. La dissection est faite à travers le buccinateur (Fig. 11). En exerçant une pression externe sur la joue, le corps adipeux de la joue est mis en évidence puis tracté (Fig. 12), et clampé à sa base pour être excisé (Fig. 13). Une hémostase de qualité permet d’éviter les hématomes postopératoires. Enfin, une suture permet de fermer le site opératoire (Fig. 14).

Étapes postopératoires

Après l’intervention, il est nécessaire d’exercer une compression avec une poche de glace. Une ordonnance médicamenteuse est prescrite : antibiotique, AINS, antalgique et bain de bouche pendant sept jours. Les résultats sont visibles immédiatement mais surtout une fois que l’inflammation a totalement disparue. Subjectivement, les patients constatent une amélioration de leur contour facial. Objectivement, il faut réaliser des photographies pour souligner la différence. Concernant les aspects financiers, l’acte n’est pas pris en charge par les organismes sociaux. Les honoraires proposés en ligne sont en moyenne à 3 000 €. Conformément à la législation actuelle, un devis préalable, le recueil du consentement éclairé et un délai de réflexion sont obligatoires.

Complications

Le suivi du patient se fait jusqu’à six mois, pour gérer les complications éventuelles qui concernent les obstacles anatomiques : le conduit parotidien, le nerf facial, l’artère buccale et la veine profonde de la face. En cas de lésion du conduit parotidien, il est nécessaire de mettre en place un drain et une antibioprophylaxie. En cas d’atteinte du nerf facial on observe une altération motrice sans paresthésie. La prise en charge est médicamenteuse (vitamine B12). En cas de lésion d’une structure vasculaire, le risque est l’hémorragie. Le praticien doit être en mesure de mettre en œuvre une hémostase peropératoire efficace. Ces complications peuvent également survenir lors d’une bichectomie unilatérale à visée thérapeutique (fermeture de communication buccosinusienne, prélèvement pour greffon, etc.). De plus, la non compliance du patient amène des complications de façon statistiquement significative. Seul le résultat esthétique asymétrique est considéré comme étant une complication propre à la bichectomie à visée esthétique.

Discussion

L’ablation partielle du corps adipeux de la joue est une intervention accessible et peu risquée. Les complications généralement observées sont : hématome, trismus, infection, paralysie transitoire, blessure du conduit parotidien, ablation excessive, induration et asymétrie du visage. Elles sont possibles mais peu fréquentes. Cependant, l’intervention est irréversible. Si à l’avenir le corps adipeux de la joue est nécessaire, par exemple pour combler une communication buccosinusienne, le praticien devra trouver une alternative thérapeutique. De façon anecdotique, il existe des solutions cosmétiques pour creuser les joues, comme le contouring facial en V par maquillage. Cette solution non invasive peut être suggérée lorsqu’il existe une contre-indication à la bichectomie.

Conclusion

La bichectomie est considérée comme une technique simple et sûre pour améliorer l’esthétique faciale. Le résultat final est positivement perçu de façon objective sur une photographie, et de façon subjective par le patient. Les complications sont faibles voire absentes et l’intervention ne laisse aucune cicatrice visible.

Les inconvénients liés à la non utilisation médicale du corps adipeux de la joue doivent être pris en compte par le clinicien et portés à la connaissance du patient. Ce dernier devra pouvoir donner son consentement éclairé dans une procédure chirurgicale à visée purement esthétique.

Editorial note:

Remerciement : L’auteur tient à remercier le Pr Bruno Ella (université de Bordeaux) pour ses compétences pédagogiques et cliniques inspirantes.

L’article est paru dans le Journal Dental Tribune France juin/juillet 2022 – VOL. 14, NO. 6+7.

Esthétique

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