Entretien avec le Dr Raluca Cosgarea, lauréat du prix EFP-Jaccard en parodontologie

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De gauche à droite : Dr Panos N. Papapanou, rédacteur en chef du Journal of Clinical Periodontology ; Dr Raluca Cosgarea, lauréat du prix EFP-Jaccard ; Prof. Andreas Stavropoulos, président de l'EFP ; Prof. Nicola West, secrétaire général de l'EFP ; et Prof. Phoebus Madianos, président d'EuroPerio10. (Photo : EFP)

Le Dr Raluca Cosgarea est professeur associé au département de parodontologie, de dentisterie opératoire et préventive de l’université de Bonn et au département de parodontologie et des maladies péri-implantaires de l’université de Marburg en Allemagne. Ses recherches portent sur la parodontologie, notamment sur l’optimisation des protocoles pour l’utilisation complémentaire d’antibiotiques systémiques dans la thérapie parodontale. Son soutien constant à la recherche parodontale lui a valu de remporter de nombreux prix. Dans cet entretien avec Dental Tribune International, le Dr Cosgarea a évoqué ses récents travaux de recherche et a expliqué pourquoi selon lui l’élaboration de directives claires sur l’utilisation des antibiotiques en odontologie devrait être un objectif mondial.

Dr Cosgarea, vous êtes lauréat du prix de la Fédération européenne de parodontologie-Jaccard pour la recherche en parodontologie 2022. Quel sentiment cela procure-t-il d’être récompensé pour ses résultats dans le domaine de la recherche parodontale ?
Recevoir le prix de la recherche EFP-Jaccard en parodontologie lors du congrès EuroPerio10 à Copenhague en juin dernier représente la reconnaissance ultime des activités de recherche que j'ai menées au cours de la dernière décennie. Ce prix est un accomplissement et un honneur considérables et prouve que dans la vie, tout peut être réalisé, à condition de le vouloir vraiment, de travailler dur pendant des années pour y parvenir et, surtout, d'en avoir l'opportunité. Dans mon cas, cette possibilité m'a été offerte par l'EFP. Cette reconnaissance ne me rend pas seulement humble, elle nous motive aussi, mon équipe et moi-même, à continuer à travailler dur, dans l'intérêt de nos patients et de la parodontie européenne.

Pourriez-vous nous en dire davantage sur l'objectif de votre recherche ? Qu'avez-vous étudié exactement ?
Au niveau mondial, l'augmentation constante de la résistance aux antimicrobiens et la menace majeure que représente l'arrivée de souches microbiennes dangereuses et résistantes associées à des régimes antibiotiques prolongés, il semble pertinent de limiter et d'optimiser les protocoles antibiotiques dans la thérapie parodontale.

L'objectif de notre étude était d'évaluer les effets cliniques après une thérapie parodontale non chirurgicale, c'est-à-dire l'instrumentation sous-gingivale, et l'utilisation adjuvante d'antibiotiques, en particulier la combinaison d'amoxicilline et de métronidazole administrée soit pendant une courte période de trois jours, soit selon le protocole traditionnel de sept jours, chez de jeunes adultes présentant une parodontite agressive (parodontite de grade C de stade III/IV). Nous avons également évalué les effets indésirables et les effets microbiologiques et immunologiques de l'utilisation des antibiotiques six mois après le traitement.

Votre étude a révélé que les régimes antibiotiques de trois et sept jours entraînaient des améliorations statistiquement significatives trois et six mois après le traitement, mais aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes de traitement. Comment expliquez-vous ces résultats ?
Nous avons montré que le traitement antibiotique de trois jours, associé à un débridement mécanique non chirurgical, donnait des résultats cliniques équivalents après six mois à ceux du protocole de sept jours chez les patients atteints de formes agressives de parodontite. Cela signifie qu'un traitement antibiotique plus court à base d'amoxicilline et de métronidazole peut nous permettre d'obtenir des résultats cliniques qui sont aussi bons que ceux obtenus avec un traitement antibiotique plus long trois et six mois après le traitement. Les conclusions de cette étude ont également été confirmées par les résultats microbiologiques et immunologiques sur des patients plus jeunes présentant une forme grave ou rapidement évolutive de parodontite et qui ont été traités durant trois jours (amoxicilline et métronidazole, 500 mg chacun, trois fois par jour).

« Il semble pertinent de limiter et d'optimiser les protocoles antibiotiques dans la thérapie parodontale. »

La prescription inadaptée d'antibiotiques et la résistance aux antimicrobiens restent une préoccupation majeure en dentisterie. Quel est votre point de vue sur la gestion des antibiotiques en odontologie, et comment votre étude contribue-t-elle à promouvoir l'utilisation appropriée des antibiotiques en parodontie ?
Jusqu'à présent, la gestion des antibiotiques a été encouragée dans une bien moindre mesure en odontologie qu'en médecine générale. L'amélioration de la gestion des antibiotiques par l'élaboration de directives claires fournissant des indications précises sur l'utilisation des antibiotiques en odontologie devrait être un objectif mondial. Dans le guide de pratique clinique de niveau S3 pour les parodontites de stade I à III publié par l'EFP en 2020, la prescription d'antibiotiques n'est recommandée que pour des catégories de patients spécifiques, comme les jeunes adultes atteints de parodontite de stade III.

La première mesure à prendre est d'optimiser la prescription d'antibiotiques dans le traitement parodontal. Il convient également de soutenir davantage la recherche et le développement d'alternatives thérapeutiques aux antibiotiques et de prendre soin de son microbiote buccal.

Notre étude n'est qu'un point de départ qui nécessite des recherches supplémentaires pour prouver l'impact d'un traitement antibiotique systémique plus court face à la résistance aux antimicrobiens. Néanmoins, ces résultats peuvent déjà aider à optimiser la prescription d'antibiotiques et sont conformes aux principes de gestion des antibiotiques de la Fédération Dentaire Internationale.

Outre les conséquences cliniques, microbiologiques et immunologiques souhaités chez les patients sous un régime antibiotique plus court, on a constaté moins d'effets indésirables chez ces patients. Pourriez-vous nous donner des précisions sur cette constatation ?
On a en effet observé un nombre inférieur d’effets indésirables chez nos sujets qui ont suivis le protocole antibiotique de trois jours par rapport à ceux qui ont bénéficiés du protocole de sept jours, ce qui prouve un meilleur rapport bénéfice/inconvénient. Les effets indésirables faisaient partie d'une analyse exploratoire de l'étude et ne constituaient pas la principale variable de résultat. Cet aspect doit donc être exploré plus avant dans des études portant sur un plus grand nombre de patients.

À la lumière de votre étude, diriez-vous qu'il est urgent d'améliorer les protocoles antibiotiques dans le traitement des parodontites sévères à progression rapide ?
Selon l’article Review on Antimicrobial Resistance, présidé par Jim O`Neill en 2016, la résistance aux antimicrobiens entraîne déjà la mort de 700 000 personnes par an. Il est prévu que ce taux atteigne 10 millions de décès dans le monde d'ici 2050. Il est donc urgent d'améliorer les protocoles relatifs aux antibiotiques et de restreindre leur utilisation autant que possible. Cela s'applique à tous les domaines, et pas seulement à la parodontie.

Prévoyez-vous d'approfondir le sujet dans le cadre de recherches futures ?
J’ai l’intention de continuer à travailler sur le sujet dans mes futures recherches, et suis déterminé à soutenir l'EFP et les programmes européens de gestion des antibiotiques dans leurs efforts pour optimiser la prescription d'antibiotiques et limiter les futurs taux de mortalité liés à la résistance antimicrobienne.

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