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« Comprendre les schémas de colonisation bactérienne péri-implantaire est fondamental pour prévenir l’apparition d’une mucosite péri-implantaire »

Le rôle des biomatériaux dans la stabilité des tissus mous et le succès à long terme des traitements implantaires demeure un axe majeur de l’implantologie. (Image : Fajrul/Adobe Stock)

La prévention des maladies péri-implantaires reste l’un des principaux défis en implantologie. Cette priorité clinique sous-tend le travail du chirurgien oral et implantologue Dr Alberto Maltagliati, dont les travaux de recherche explorent la manière dont les connaissances les plus récentes en biologie tissulaire peuvent contribuer à la conception des implants et à la prise de décision clinique. Ses travaux portent sur les biomatériaux, la préservation des tissus mous et le profil d’émergence, et il travaille à la pointe de la recherche sur la manière dont différents matériaux implantaires influencent la colonisation bactérienne. Ces résultats pourraient avoir des implications importantes pour réduire l’inflammation péri-implantaire et les complications associées. Dans cet entretien avec Dental Tribune International, le Dr Maltagliati discute de la prévention des maladies péri-implantaires et du rôle évolutif des biomatériaux dans l’obtention de résultats de réhabilitation implantaire durables et sains.

Dr Maltagliati, vous étudiez actuellement la manière dont les surfaces implantaires en titane et en zircone influencent la colonisation bactérienne. Qu’est-ce qui a initié ces travaux de recherche ?
La zircone a été introduite avec succès en implantologie comme alternative au titane en raison de sa biocompatibilité et de ses propriétés micromécaniques et esthétiques avantageuses. Dans un article précédent, nous avons décrit en détail l’adhésion bactérienne sur le titane par rapport à la zircone. Des études de référence, notamment celles des Drs Lia Rimondini et Simone Marconcini, ainsi que nos travaux initiaux publiés dans une revue internationale de biologie et de pathologie orales, ont clairement mis en évidence un nombre réduit de cocci et de bacilles sur les surfaces en zircone par rapport aux surfaces en titane.

Depuis deux ans, nous travaillons sur une étude de suivi visant à quantifier la charge bactérienne sur les surfaces en titane et en zircone à l’aide d’une analyse du microbiote. J’espère que nous pourrons publier ces résultats d’ici la fin de l’année.

Dr Alberto Maltagliati explore des approches innovantes pour réduire l’inflammation péri-implantaire grâce aux progrès des matériaux implantaires. (Photo : Dr Alberto Maltagliati)

Dr Alberto Maltagliati explore des approches innovantes pour réduire l’inflammation péri-implantaire grâce aux progrès des matériaux implantaires. (Photo : Dr Alberto Maltagliati)

Pourquoi la compréhension de la colonisation bactérienne est-elle si importante pour la santé à long terme des implants dentaires ?
Comprendre les schémas de colonisation bactérienne péri-implantaire est fondamental pour prévenir l’apparition d’une mucosite péri-implantaire ou, plus grave encore, d’une péri-implantite d’intensité variable, ainsi que pour prendre en charge les conséquences en cas de progression. Grâce à nos études et à une analyse critique de la littérature, nous avons pu distinguer différents profils de maladies péri-implantaires et établir des protocoles de prise en charge. Nous avons observé que, dans environ 70 % des cas, la maladie péri-implantaire est d’origine bactérienne et débute au niveau du col transmuqueux de l’implant. 

Le titane et la zircone interagissent-ils différemment avec les tissus mous, et comment cela influence-t-il la croissance bactérienne ou le risque d’inflammation péri-implantaire ?
Oui. L’utilisation d’implants hybrides avec des cols en zircone nous a donné un avantage clinique dans la gestion du risque de maladie péri-implantaire. Nous avons montré que la zircone peut favoriser une attache épithéliale via des structures associées aux hémidesmosomes, contribuant à la formation d’un joint muqueux péri-implantaire plus solide, en complément du processus bien établi d’ostéointégration.

Cette intégration des tissus mous crée un joint muqueux biologique supplémentaire qui n’est pas obtenu au même degré avec les implants conventionnels. Elle assure une protection au niveau du col transmuqueux de l’implant, le composant le plus exposé aux agressions bactériennes.

« Les décisions relatives à l’approche thérapeutique la plus appropriée devraient être fondées sur des données scientifiques solides. »

Compte tenu des taux préoccupants de mucosite péri-implantaire et de péri-implantite, quelles stratégies préventives considérez-vous comme les plus essentielles en pratique quotidienne ?
Aujourd’hui, l’un des défis les plus importants en implantologie concerne la zone esthétique. Dans les secteurs postérieurs, le praticien dispose souvent d’une plus grande marge de manœuvre et peut restaurer les implants avec moins de contraintes esthétiques. En revanche, dans la zone esthétique, toute complication peut entraîner un problème esthétique important, difficile à corriger par voie chirurgicale.

La prévisibilité à moyen et à long terme, ainsi que la stabilité tissulaire, sont essentielles pour permettre aux praticiens d’aborder avec confiance les réhabilitations dans le secteur antérieur. Ce défi demeure particulièrement complexe, notamment en présence de déficits des tissus durs et/ou mous autour d’un implant unitaire adjacent à des dents naturelles saines.

En pratique quotidienne, la prévention commence donc par une sélection rigoureuse des cas, un positionnement optimal de l’implant, le respect du phénotype des tissus mous et la création d’un profil d’émergence stable. Au fil du temps, les praticiens ont dû développer des compétences prothétiques de plus en plus poussées, afin de compenser un manque de gencive kératinisée, ou de prendre en charge des déficits tissulaires résultant d’un positionnement implantaire en dehors des paramètres biologiques et prothétiques idéaux. Même les techniques reconstructrices péri-implantaires et les procédures destinées à traiter les défauts osseux horizontaux, telles que la distraction ostéogénique, n’ont pas toujours permis d’obtenir les résultats escomptés.

Avec l’augmentation des attentes et des exigences esthétiques des patients, en partie sous l’influence d’Internet et des forums consacrés à la santé, le recours aux techniques reconstructrices et aux biomatériaux associés s’est également développé ces dernières années. Cela n’a toutefois pas nécessairement simplifié la mise en œuvre des protocoles thérapeutiques. Des résultats prévisibles et reproductibles restent souvent l’apanage de praticiens expérimentés, dotés d’une solide expérience chirurgicale, ces techniques nécessitant un investissement important en temps et en apprentissage.

L’utilisation d’implants hybrides dotés d’un col en zircone de 1,5 mm a permis de traiter les déficits tissulaires dans la zone esthétique grâce à un support qui soutient le tissu conjonctif sous-jacent et contribue à prévenir sa rétraction au fil du temps, favorisant ainsi la régénération des tissus mous. Cela permet de soutenir horizontalement le contour des tissus mous et d’assurer une stabilité verticale des tissus mous hautement prévisible. Ces caractéristiques ont été observées au fil du temps avec les solutions prothétiques à base de zircone, qui semblent avoir des effets bénéfiques en réduisant l’accumulation bactérienne et en améliorant la qualité et la stabilité des tissus mous.

Qu’espérez-vous que vos recherches apporteront, à terme, à la conception des implants ou aux stratégies de prévention des maladies péri-implantaires ?
J’espère que nos études encourageront les cliniciens à faire des choix plus éclairés concernant les outils et les matériaux qu’ils utilisent en réhabilitation orale. Les décisions relatives à l’approche thérapeutique la plus appropriée devraient être fondées sur des données scientifiques solides.

En dentisterie, les tendances actuelles peuvent parfois influencer négativement les choix des chirurgiens-dentistes et les amener à négliger des aspects importants tels que la prévisibilité et la stabilité des tissus mous après la pose et la restauration implantaire. Ceux-ci sont fondamentaux pour le succès à long terme de la réhabilitation implantaire.

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