Dental Tribune France

Réinfection, immunité contre le SARS-CoV-2 et gestion de la crise : Ce qu’en disent les chercheurs

By Iveta Ramonaite/Bénédicte Claudepierre, DTI
February 02, 2021

HARLOW, Royaume-Uni / SAN FRANSISCO, États-Unis : À l’heure actuelle, les chercheurs ont pu répondre à de nombreuses questions concernant la Covid-19, ses symptômes, ses risques et son temps de récupération, mais certaines questions restent toujours en suspens : la réinfection par le SARS-Cov-2, l'immunité et toujours la gestion de la crise sanitaire. Bien qu'inhabituel, des réinfections se produisent, et dans une étude récente, les chercheurs ont cherché à savoir si les personnes guéries de la Covid-19 sont protégées contre une infection future. Les résultats ont suggéré que l'infection passée peut fournir une immunité naturelle et que ladite immunité est efficace pendant environ six mois après l'infection initiale.

Une des plus importantes études sur la réinfection par le SARS-CoV-2 concerne l’analyse au Royaume-Uni de 6 614 professionnels de santé. Les participants à cette étude ont subi des tests de réaction de polymérisation en chaîne et d'anticorps du SARS-CoV-2 toutes les deux à quatre semaines et ont rempli des questionnaires sur leurs symptômes et leurs expositions toutes les deux semaines. Les chercheurs ont constaté qu'environ 83 % des participants ayant des antécédents d'infection par le SARS-CoV-2 présentaient un risque moindre de réinfection par le virus et que leur immunité durait au moins cinq mois après la primo-infection. Toutefois, les chercheurs n'excluent pas la possibilité que les personnes précédemment infectées puissent encore être porteuses et transmettre le virus.

« Cette étude nous a donné l'image la plus claire à ce jour de la nature de la protection des anticorps contre la Covid-19, mais il est essentiel que les gens ne se méprennent pas sur ces premiers résultats », a déclaré le Dr Susan Hopkins, auteur principal et conseiller médical principal à Public Health England. « Nous savons maintenant que la plupart des personnes qui ont eu le virus et ont développé des anticorps sont protégées contre la réinfection, mais ce n'est pas totalité des gens et nous ne savons pas encore combien de temps la protection dure. Nous pensons surtout que les personnes peuvent encore transmettre le virus », a-t-elle poursuivi.

 « Il semble que la réinfection donne généralement, mais pas toujours, des symptômes plus légers, probablement en raison de la réponse immunitaire à l'infection initiale »

- Dr Jonathan P. Stoye, Institut Francis Crick

Le Dr Jonathan P. Stoye, virologue à l'Institut Francis Crick de Londres, a commenté l'étude sur les pages de Dental Tribune International (DTI) : « Nous savons, grâce à l'étude SIREN SARS-CoV-2 Immunity and Reinfection Evaluation menée auprès des professionnels de la santé au Royaume Uni, que l'infection entraîne un certain degré de protection, mais qu'une réinfection peut se produire dans certains cas. Il semble que la réinfection donne généralement, mais pas toujours, des symptômes plus légers, probablement en raison de la réponse immunitaire à l'infection initiale ».

Vaccination contre immunité naturelle

Alors que les professionnels de la santé, y compris les dentistes, attendent patiemment de recevoir leurs vaccins afin de contribuer à alléger la pression sur les systèmes de santé, des questions importantes se posent : l'immunité fournie par la vaccination est-elle supérieure à l'immunité naturelle ? Et si oui, combien de temps dure l'immunité procurée par un vaccin ? Comme il existe actuellement peu de données sur la réinfection, les chercheurs ne sont toujours pas en mesure de fournir des réponses claires.

Au sujet de l'efficacité de l'immunité naturelle par rapport à celle vaccinale, le Dr Akiko Iwasaki, professeur d'immunobiologie et de biologie moléculaire, cellulaire et du développement à l'école de médecine de Yale aux États-Unis, a déclaré à DTI : « L'immunité naturelle semble être assez efficace pour assurer une protection contre la réinfection. Cependant, les vaccins à ARNm ont une efficacité élevée (~95 %) contre le SARS-CoV-2. Nous ne savons pas combien de temps l'immunité dure après l'infection par rapport à la vaccination, mais la vaccination a l'avantage d'une injection de rappel pour maintenir des niveaux élevés d'immunité protectrice ».

De même, le Dr. Stoye espère que les vaccins offriront une immunité durable : « Nous savons que la réponse immunitaire à une infection naturelle peut varier dans le temps. Il faut espérer que la vaccination donnera plus régulièrement des niveaux d'immunité plus élevés », a-t-il déclaré.

La première personne à avoir été réinfectée par le SARS-CoV-2 serait un homme de 33 ans vivant à Hong Kong. Selon CNN, sa deuxième infection a été confirmée le 15 août, à son retour d'un voyage en Espagne. Le patient a été réinfecté 4,5 mois après sa première infection, ce qui suggère que sa réponse immunitaire a été plutôt de courte durée. Depuis lors, les scientifiques ont enregistré 31 cas confirmés de réinfection par le SARS Cov-2 dans le monde, dont deux ont entraîné la mort, selon un article publié dans le BMJ.

L'étude de cohorte, intitulée Do antibody positive healthcare workers have lower SARS-CoV-2 infection rates than antibody negative healthcare workers? Large multi-centre prospective cohort study (the SIREN study), England: June to November 2020 a été publiée en ligne le 15 janvier 2021 sur medRxiv.

La gestion de la crise

Début janvier, des chercheurs dirigés par l’épidémiologiste John Ionadis de l’Université de Stanford aux Etats-Unis ont analysé les décisions non pharmaceutiques (INP : Intervention Non pharmaceutique) les plus restrictives pour contrôler la propagation du Covid‐19, à savoir le confinement obligatoire à domicile et les fermetures d’entreprises.

Ils ont évalué les effets sur la croissance des cas épidémiques des décisions les plus restrictives, par rapport aux interventions/décisions les moins restrictives en mettant en parallèle la croissance des cas de Covid-19 à la mise en œuvre des différentes mesures des INP dans les régions internes de 10 pays : Angleterre, France, Allemagne, Iran, Italie, Pays-Bas, Espagne, Corée du Sud, Suède et États-Unis. Dans la liste des pays analysés, deux pays (Suède et Corée du Sud) n’ont pas été confinés à la maison et les entreprises sont restées ouvertes.

À l’aide de modèles différentiels du premier degré, ils ont isolé les effets des décisions les plus restrictives en soustrayant les effets combinés des mesures et de la dynamique épidémique liées à chaque mesure moins restrictive et ont établi 16 comparaisons au total.

La mise en œuvre des INP a été associée à des réductions significatives de la croissance des cas dans neuf des dix pays étudiés, y compris la Corée du Sud et la Suède, l’Espagne a montré un effet non significatif. Après avoir extrait les effets de l’épidémie et de mesures les moins restrictives, les auteurs n’ont pas observé d’effet bénéfique clair et significatif des mesures restrictives sur la croissance des cas dans aucun des pays étudiés. En France, par exemple, l’effet des mesures restrictives était de +7 % (avec un intervalle de confiance IC à 95 % de 5 % ‐ 19 %) par rapport à la Suède, et + 13 % (IC : 12 % - 38 %) par rapport à la Corée du Sud.

Bien que de petites améliorations ne puissent être exclus, les auteurs ne trouvent pas d’avantages significatifs sur l’évolution ou la croissance des cas des mesures les plus restrictives.  Selon l’étude, l’évolution de la croissance des cas pourrait être réalisable avec des mesures moins restrictives.

Cette étude intitulée Assessing Mandatory Stay‐at‐Home and Business Closure Effects on the Spread of COVID‐19, a été publiée le 5 janvier 2021 dans le European journal clinical investigation.

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