Ce que la communauté dentaire a appris de la Covid-19

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Le professeur Nagihan Bostanci du département de médecine dentaire du Karolinska Institutet à Stockholm en Suède. (Photo : EFP)

La profession dentaire a été durement touchée par la Covid-19, et une grande incertitude régnait quant à la manière de gérer correctement les soins aux patients au début de la pandémie. Depuis, suite aux résultats de différentes recherches, les experts d’EuroPerio10, ont passé en revue les enseignements faits par la communauté dentaire lors de l’EuroPerio, qui s’est tenu du 15 au 18 juin à Copenhague au Danemark. Dans cet entretien, le professeur Nagihan Bostanci, du département de médecine dentaire du Karolinska Institutet à Stockholm (Suède), qui a présidé la session, a partagé quelques idées sur le lien entre la parodontie et la Covid-19, ainsi que sur les maladies systémiques telles que la polyarthrite rhumatoïde (PR).

Prof. Bostanci, en ce qui concerne la pratique clinique, quel est l'enseignement le plus important que vous et les intervenants de votre session avez tiré de la pandémie ?
Nous sommes tous d'accord pour dire que la pandémie de Covid-19 a généré plusieurs défis pour les professionnels de la santé bucco-dentaire et pour ceux qui étudient l'odontologie à travers le monde, mais qu'elle nous a également offert de nouvelles opportunités.

Tous les professionnels dentaires ont dû relever le défi unique de fournir des soins sûrs et efficaces aux patients pendant la pandémie. Une leçon importante a été que les aérosols dentaires ne représentaient pas un risque aussi important que nous le pensions. Il est fort probable que le risque d'exposition initialement plus élevé pour les professionnels des soins dentaires ait été causé par des consultations à proximité immédiate de patients sans que les professionnels de la santé bucco-dentaire ne portent de masques de type RII. Une fois que ces masques ont été portés dans le cadre des protocoles d'équipement de protection individuelle améliorés, il a été clairement démontré que les taux d'incidence des nouvelles infections chez les professionnels des soins dentaires sont tombés au niveau de la population de référence. Par conséquent, nous devons continuer à porter ces masques lors des consultations en face à face, même si le port d'un masque entrave la tentative d'établir une relation avec le patient.

Les experts de la session EuroPerio10. De gauche à droite : Prof. Purnima Kumar, Prof. Saso Ivanovski et Prof. Iain Chapple. (Photo : DTI)

En ce qui concerne la parodontite et la Covid-19, il est clair que la cavité buccale humaine est sujette aux infections virales. Il est désormais prouvé que le SARS-CoV-2 peut infecter la gencive et se développer dans les tissus, transmettant probablement le virus par la muqueuse buccale à d'autres parties du tube digestif. Comme la salive peut également constituer un réservoir pour le SARS-CoV-2, toute faille dans la défense immunitaire de la cavité buccale peut faciliter l'entrée du virus dans le système vasculaire par le sillon gingival ou la poche parodontale. On a donc émis l'hypothèse d'une association possible entre la Covid-19 et la parodontite. Il existe des preuves d'un risque accru de complications liée à la Covid-19 chez les patients ayant des antécédents de parodontite. Par conséquent, il est suggéré de donner la priorité à l'hygiène et aux soins bucco-dentaires quotidiens, car ces mesures peuvent potentiellement sauver la vie des patients atteints de Covid-19.

En ce qui concerne les nouvelles opportunités issues de la pandémie, le diagnostic salivaire est apparu comme une option de test importante pour la Covid-19, étant donné l'importance de la bouche comme site d'infection par le SARS-CoV-2. La salive présente un grand potentiel en matière de diagnostic non invasif sur chaise, tant pour le dépistage de la santé bucco-dentaire que pour celui de la santé générale.

La convergence de la santé bucco-dentaire et de l’approche systémique de la santé exige la synergie constructive de diverses disciplines liées à la santé et à la technologie.

Lors d'une autre session d'EuroPerio10 sur l'association des maladies parodontales avec les troubles systémiques, vous avez parlé du lien entre la PR et la parodontite. Pourriez-vous nous présenter brièvement le contexte de votre étude sur ce sujet ?
Au cours des deux dernières décennies, grâce à l'avènement de technologies permettant une compréhension plus globale des facteurs microbiologiques et immunologiques sous-jacents à la parodontite, de plus en plus de preuves associent la parodontite à diverses maladies systémiques, dont la PR. Plusieurs recherches ont suggéré que les agents pathogènes parodontaux tels que les Porphyromonas gingivalis et les Aggregatibacter actinomycetemcomitans sont capables de générer des peptides citrullinés dérivés de l'hôte et microbiens, qui sont la marque de l'auto-immunité de la PR.

Il est fascinant de constater que le lien entre un microbiote oral dysfonctionnel et la PR a déjà été signalé en 460 avant J.-C. par Hippocrate, qui a observé de manière empirique que l'extraction de dents malades permettait de guérir l'arthrite ! Aujourd'hui, nous disposons des outils scientifiques pour mieux appréhender cette relation, mieux comprendre l'étiologie de la PR et finalement proposer aux patients de meilleures stratégies de prévention et un diagnostic précoce.

Avez-vous des conseils spécifiques à donner aux cliniciens désireux d'améliorer la prise en charge des patients atteints de l'une ou des deux pathologies ?
Je recommanderais aux spécialistes de la santé bucco-dentaire de rechercher systématiquement les cas de PR chez les parents au premier degré de leurs patients lorsqu'ils prennent leurs antécédents médicaux. De cette façon, ils peuvent détecter une accumulation de facteurs de risque à un stade précoce, c'est-à-dire identifier un fond génétique propice au développement de la PR. Ils peuvent alors suggérer un traitement parodontal approprié et éventuellement recommander une visite chez le rhumatologue pour traiter d'autres facteurs de risque, comme le tabagisme. À l'inverse, il peut être bénéfique pour les rhumatologues traitant des patients à risque ou atteints de suggérer une visite chez le dentiste pour évaluer l'état de santé parodontale et éviter les facteurs de risque potentiellement cumulatifs, c'est-à-dire exclure la cooccurrence d'une parodontite.

Compte tenu du nombre croissant de liens constatés entre la santé bucco-dentaire et la santé générale, pensez-vous que le rôle des dentistes dans le système de santé doit être adapté ?
Il est reconnu depuis longtemps que la santé bucco-dentaire est le miroir de la santé générale. Nous devons absolument évoluer vers des soins intégrés, ce qui signifie que la santé bucco-dentaire doit faire partie intégrante des soins de santé primaires. L'importance d'une telle approche intersectorielle a déjà été identifiée par l'Organisation mondiale de la santé et la Fédération européenne de parodontologie. La convergence de la santé bucco-dentaire et de l’approche systémique de la santé nécessite la synergie constructive de diverses disciplines liées à la santé et à la technologie.

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