Dental Tribune France

Exit les scialytiques puissants !

By Dental Tribune Inernational
January 16, 2019

≪ Plus on a de lumière, mieux on voit ≫ : cette affirmation totalement erronée incite les praticiens à s’équiper de scialytiques puissants et à négliger l’éclairage général de leur salle de soin. La réalité est plutôt : ≪ plus l’éclairage est puissant… plus on est ébloui ≫ ! La course aux Lux, commercialement si facile, est malheureusement délétère pour le système visuel du praticien.

L’explication relevé du simple bon sens et la solution pragmatique est compréhensible sans grandes connaissances en éclairage. Le bon fonctionnement de notre appareil visuel se caractérise par :

– Une acuité visuelle maximum des 1.000 lux, a l’âge de 20 ans (puis 3 à 5 fois plus seulement a 60 ans) ;

– sans fatigue en fin de journée;

– avec un vieillissement normal lent et progressif.

Homo Sapiens est un animal diurne : un éclairage naturel confortable lui est indispensable.

Cela suppose que la lumière dans laquelle il évolue soit : uniforme : sans contraste et exempt de sources éblouissantes tel le soleil dans les yeux ou un ciel bleu intense ; d’un spectre continu et équilibré, avec toutes les couleurs visibles par notre œil dans des proportions quasi identiques. Cette lumière, uniforme et au spectre équilibre, optimise notamment le fonctionnement:

– de notre organe visuel: parfaite vision de la couleur, des détails et des formes des objets observés ;

– de notre noyau suprachiasmatique, siège de notre horloge biologique.

Cette lumière naturelle idéale a été normalisée par la norme CIE/ISO qui a défini l’étalon D65, tel qu’une ≪ Lumière d’un ciel au nord, sous nos latitudes, contenant 3/5 de nuages blanc, au mois de septembre vers 10 h du matin. ≫. Sa description scientifique impose 2 conditions obligatoires : un spectre continu et équilibré et une température de couleur a 6500 K. Ce qui signifie notamment que la valeur de 6500 K prise isolément n‘est absolument pas une lumière naturelle du jour D65.

Imaginons un instant que votre lieu de pratique soit en pleine nature, dans un endroit agréablement éclaire par un temps plutôt beau et oriente de telle sorte que les rayons du soleil ne vous atteignent pas directement. À n’en pas douter vous pourriez exercer très confortablement votre art, au moins sur la face vestibulaire des dents du bloc antérieur (dentisterie esthétique), même avec cette intensité lumineuse modérée. Seul le fond de bouche demanderait un éclairage additionnel orientable pour compenser le peu de lumière pouvant entrer dans le fond de la cavité par la fenêtre étroite qu‘est l’ouverture de bouche. Un scialytique de puissance modérée aurait pour rôle de reproduire la lumière naturelle du jour en fond de bouche et d’effacer les ombres des instruments et des doigts.

A l’oppose de cette situation idéale, deux exemples parlants décrivent les situations critiques :

1/ la conduite de nuit, caractérisée par un fort éclairage du champ visuel central mais un éclairage quasi nul du champ visuel périphérique, qui nous provoque fatigue stress ;

2/ les marins pécheurs – population statistiquement la plus atteinte par la DMLA et la cataracte – qui sont exposés à une lumière importante contenant beaucoup de bleu par réflexion de la surface de la mer.

Nous ne sommes pas prémunis contre l’éblouissement, qu’il provienne de contrastes ou de réflexions.

Transpose a la dentisterie, on comprend que s‘équiper d‘un scialytique superpuissant, c‘est se mettre simultanément en situation de conduite de nuit à cause de l’importante différence de puissance entre la vision centrale et latérale, induisant stress et fatigue, et de marin pécheur a cause de la réflexion de la lumière par des dents blanches, directement sur la macula avec toutes les conséquences possibles sur la fatigue et le vieillissement accélère de l’œil, en particulier avec les LED très blanches utilisées en dentisterie, tant sur les scialytiques que dans les instruments ou les lampes de loupes.

Or, l’acuité visuelle maximale a 20 ans est atteinte dès 1.000 lux. Non il ne manque pas un zéro… et encore moins deux !

Exit donc les scialytiques ≪ super puissants ≫, d’autant plus s’ils sont installés dans une salle de soin mal éclairée.

La nouvelle donne en ergonomie visuelle :

Il est impératif de prioriser l‘éclairage général de la salle de soin et de le traiter en amont du choix des luminaires complémentaires que sont le scialytique, les LED des instruments et des loupes et la lampe à polymériser.

Le bon réflexe en médecine bucco-dentaire est ainsi de commencer par construire l‘éclairage général de sa salle de soin afin d’optimiser la performance visuelle dans un confort parfait, avant de traiter les éclairages complémentaires :

Supprimer les contrastes :

– Eclairer toute la pièce uniformément, y compris le plafond. Donc utiliser un plafonnier a forte part indirecte (+/-50%). Si nécessaire (pour une pièce de plus de 14 m2 ou plus de 3 m de plafond, ou aux murs ou plafond sombres), le compléter par des luminaires direct-indirect complémentaires non éblouissants en 4000 K.

– Réduire le contraste entre la tache lumineuse du scialytique et son environnement immédiat. En pratique ne pas utiliser le scialytique a plus de 20 000 lux.

– Choisir un scialytique dont la tache lumineuse éclaire uniformément toute la bouche ouverte de haut en bas

(+/- 75 mm), la zone latérale de mouvement de la bouche du patient

(+/- 180 mm), sans différence d’intensité notoire.

Supprimer les éblouissements par réflexion :

– Utiliser des luminaires non éblouissants, ni pour vous, ni pour le patient (surtout pas de „spots“).

– Choisir un sol et des plans de travail à faible indice de réflexion (par exemple gris).

– Réduire le plus possible la puissance du scialytique, des LED loupes/instruments.

Limiter le risque lié aux bleus HEV des LED :

– Pour les LED instrument et loupe, limiter la température de couleur a 4 500 K.

– Pour le scialytique, choisir un appareil en lumière naturelle confortable (spectre équilibré et puissance limitée). A défaut bannir les appareils puissants a lumière très blanche.

– Pour le plafonnier: privilégier un plafonnier en D65 « certifie ». A défaut un plafonnier à 5 000 K maximum a indice de rendu de couleur supérieur a 90.

Résultats
La fatigue quotidienne et le risque lié aux bleus HEV seront notoirement réduits, la qualité visuelle et choix de couleur nettement améliorés voire parfaits avec un D65, la qualité de votre travail sera accrue, et la programmation en fin de journée d’actes délicats rentrera dans le champ du possible.

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