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Les femmes dans l’art dentaire : rencontre avec le Dr Joanne Choi, prothésiste dentaire/chercheuse

Le Dr Joanne Choi devant l'université d'Otago en Nouvelle-Zélande. (Photo : Joanne Choi)
By Franziska Beier, Dental Tribune International
June 07, 2021

Même si, dans certains pays, plus de femmes que d'hommes se forment en dentaire, les postes à responsabilités, que ce soit dans les écoles, les organisations dentaires ou les conférences, sont encore majoritairement occupés par des hommes. Dans le cadre d'une série décrivant les parcours et les réalisations exceptionnels de femmes dans le domaine de l'odontologie, Dental Tribune International s'est entretenu avec le Dr Joanne Choi, maître de conférences au département de réhabilitation orale de l'université d'Otago à Dunedin en Nouvelle-Zélande. Dans cette interview, elle parle de son parcours professionnel, de ce qui relie l'art et la technologie dentaire, et de l'importance de l'expérience pratique pour la recherche dentaire.

Le Dr Joanne Choi célébrant son diplôme de doctorat en 2017. (Photo : Joanne Choi)

Dr Choi, votre histoire a commencé en Corée du Sud, mais à l’âge de 15 ans, vous avez déménagé en Nouvelle-Zélande, sans votre famille. Quelle a été la raison de cette décision plutôt inhabituelle ? Mes parents ont toujours voulu m’offrir une meilleure éducation, et l’un des moyens d’y parvenir était de me donner la possibilité d’étudier dans un pays anglophone. La maîtrise de l’anglais était, et est toujours, considérée comme un avantage majeur dans l’éducation et l’emploi en Corée du Sud. J’ai grandi dans une petite ville de Corée du Sud et le projet initial de mes parents était de m’envoyer dans un lycée de Séoul pour me préparer aux examens d’entrée à l’université. Cependant,  des amis de la famille qui vivent en Nouvelle-Zélande leur ont recommandé de m’envoyer en Nouvelle-Zélande pour essayer d’y étudier, et c’est ainsi que tout a commencé !

Comment avez-vous vécu vos premiers mois en Nouvelle-Zélande ? Quelles nouveautés avez-vous appréciées, et quels moments vous ont parus difficiles au début ? Le premier mois, j’étais très enthousiaste à l’idée d’être dans un nouveau pays, dans un nouvel environnement d’apprentissage avec la possibilité de lier de nouvelles amitiés, mais je me suis vite rendu compte que c’était plus difficile que je ne le pensais. J’avais obtenu de bonnes notes en anglais en Corée du Sud, j’étais donc confiante au début. Cependant, étudier toutes les matières en anglais était tout à fait différent.

La manière dont on nous enseignait était également très différente. En Corée du Sud, la plupart des examens consistaient en des questions à choix multiples, ce qui exigeait de mémoriser beaucoup d’informations sur une courte période. En Nouvelle-Zélande, la plupart des examens étaient sous forme de dissertation pour lesquelles je devais acquérir une bonne compréhension des sujets. Au début, cette approche était très différente de ce à quoi j’étais habitué et j’ai eu du mal à m’y adapter. Cependant, avec le temps, je me suis rendu compte qu’elle me convenait bien et j’ai pu apprécier cette nouvelle façon d’apprendre.

Le Dr Joanne Choi donne une conférence lors de la Journée d'excellence de l'enseignement 2021 à l'Université d'Otago. (Photo : Joanne Choi)

Au niveau de votre carrière, vous avez hésité entre une école d’art et des études scientifiques. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter vers l’art dentaire, ou plus précisément vers la technologie dentaire ? Depuis ma jeunesse, j’aime vraiment le travail manuel, c’est pourquoi j’ai longtemps envisagé une éventuelle carrière dans l’art. Pendant mes années de lycée, j’ai développé un intérêt pour les sciences, en particulier pour la physique et la chimie. J’ai cherché une option qui me permettrait de combiner mes deux intérêts, et un conseiller d’orientation du lycée m’a recommandé un diplôme en technologie dentaire, qui n’était proposé qu’à l’université d’Otago. J’aimais l’idée que le cours soit très pratique et que je puisse fabriquer des objets en utilisant mes compétences artistiques, tandis que ce que je fabriquais était basé sur des connaissances scientifiques et que le résultat pouvait avoir un impact positif sur la santé et la vie d’un patient.

Après avoir travaillé comme prothésiste dentaire pendant quelques années, vous êtes retourné à l’université pour poursuivre votre carrière académique. Qu’est-ce qui vous a motivé à suivre cette voie ? Au cours des dernières années de ma licence de technologie dentaire, j’ai eu l’occasion de participer à des recherches. C’était particulièrement le cas pendant ma spécialisation, ce qui m’a fait comprendre que la recherche était un domaine qui me passionnait et dans lequel je voulais persévérer. J’aimais aussi l’aspect pédagogique, et c’est pourquoi j’ai eu l’intention de revenir pour faire un doctorat et poursuivre une carrière dans le monde universitaire.

Cependant, je savais qu’il était important d’avoir une expérience professionnelle commerciale dans le domaine de l’odontologie et de la technologie dentaire. Les matériaux et les technologies utilisés en dentaire sont en constante évolution et, par conséquent, nos recherches doivent pouvoir être transférées en clinique et en laboratoire, car elles auront un impact dans ces deux domaines.

Ces deux années d'expérience professionnelle m'ont permis d'acquérir de bonnes bases avant de revenir à l'université pour faire un doctorat et d’élargir mes perspectives d'enseignement et de recherche. C'est pourquoi je continue à faire quelques heures de travail en tant que prothésiste dentaire clinique en dehors de ma carrière universitaire à plein temps.

Vous avez accompli de grandes choses sur le plan professionnel. Dans quelle mesure le déménagement en Nouvelle-Zélande a-t-il joué un rôle à cet égard ? Pensez-vous que vous auriez pu poursuivre la même carrière en Corée du Sud ?
Je vous remercie ! Je pense que mon déménagement en Nouvelle-Zélande a définitivement joué un rôle positif dans ma carrière. En tant qu'étudiante internationale vivant à l'étranger, cela signifiait que je devais être indépendante et responsable personnellement de beaucoup de choses. Je suis devenue plus proactive et j'ai cherché des opportunités, ce qui m'a ouvert de nombreuses portes, notamment dans ma carrière professionnelle. Je pense également que le fait de vivre dans un autre pays m'a rendu plus ouvert d'esprit, ce qui m'aide dans de nombreux aspects de la vie.

« Je veux normaliser le fait qu'il y a des femmes qui font un travail et une recherche exceptionnels dans le domaine de l’odontologie »

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à étudier l'art dentaire - dans certains pays, elles sont même plus nombreuses que les hommes. Néanmoins, les femmes sont encore sous-représentées, par exemple en tant que conférencières lors de congrès dentaires ou à des postes élevés dans les écoles dentaires. Comment vous engagez-vous avec les autres dans le domaine de l'odontologie et leur donnez-vous les moyens d'agir ?
Je suis d'accord, et je pense que c'est la même chose en Nouvelle-Zélande. Bien que les femmes soient de plus en plus nombreuses à obtenir un diplôme de dentiste, leur représentation diminue lorsqu'elles atteignent des niveaux plus élevés. Cependant, je peux prévoir que davantage d'étudiantes feront des études de troisième cycle et s'intéresseront à différents domaines de l'odontologie, y compris le monde universitaire, ce qui est vraiment formidable !

Le Dr Joanne Choi concourt à la session d'affiches Colgate Australie/Nouvelle-Zélande 2014 de la conférence de l'Association internationale pour la recherche dentaire à Brisbane en Australie avec sa recherche de doctorat. (Photo : Joanne Choi)

En ce moment, je mets toute mon énergie, en tant que directrice de recherche et maître de conférences, pour soutenir mes étudiants. J'encourage les travaux exceptionnels des étudiants et de mes collègues afin de leur montrer qu'ils ne sont pas seuls dans ce domaine. Je veux normaliser le fait qu'il y a des femmes qui font un travail et une recherche exceptionnels dans le domaine de l'odontologie, en particulier dans celui de la technologie dentaire, et que les conférences montrent une bonne représentation de toutes.

Vous avez établi votre vie dans un autre pays, avez obtenu un doctorat et travaillez avec succès sur des projets de recherche. De quelle réalisation êtes-vous la plus fière, et avez-vous d'autres objectifs importants pour l'avenir ?
Je suis particulièrement fière des projets de recherche et des équipes de recherche que j'ai mis en place et sur lesquels j'ai travaillé, notamment celui portant sur le développement d'une nouvelle couronne blanche en zircone destinées aux enfants. Il a fallu beaucoup de travail pour que le projet atteigne le stade où il se trouve aujourd'hui. Je suis donc fière de ce que j'ai réalisé avec mon équipe et je suis enthousiaste à l'idée de ce que nous pourrons réaliser à l'avenir. J'ai vraiment hâte de voir mes idées de recherche et les résultats d'autres projets de recherche transposés en milieu clinique et de contribuer à l'amélioration des soins dentaires pour les gens.

Pour l'instant, mon plus grand objectif pour l'avenir est de consacrer mes compétences à mon travail d'enseignante, de chercheuse et de superviser mes étudiants afin de leur donner toutes les clés pour réussir leur carrière dentaire, la pratique d'autres recherches, les études de troisième cycle et la poursuite d'une carrière universitaire.

 

 

 

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